Mélancolie et chagrin ont beau fournir à Noor la matière première de ses chansons, l’auteure-compositrice livre, avec Les histoires tristes me collent au corps, un premier EP délicieusement réconfortant. La jeune femme y chante l’amour et ses peines, luttant contre la fatalité par une musique en équilibre entre majesté et sobriété. Coproduit par la Suédoise Kerstin Ljungström, sophistiqué dans l’exécution, Les histoires tristes me collent au corps s'écoute comme on feuilletterait un journal intime.
Ses textes sans filtre, portés par une voix pure et vibrante, jettent en pâture la complexité des émotions post-rupture. Noor, qui a remporté le grand prix des Inouïs du Printemps de Bourges en avril dernier, raconte la vie comme elle est, pleine de travers et d'insondables crevasses. Les mots lui ont permis de trouver le moyen le plus évident et le plus heureux d’être au monde. Petite, elle écrit partout, tout le temps, s’initie en autodidacte au piano, et compose ses premières chansons. Amoureuse des classiques du spleen (Young and Beautiful de Lana del Rey), convertie à la limpidité folk-indie de Bon Iver, comme à l’énergie de Bleachers, Noor a, au cours du temps, affiné sa plume riche, directe, expressive, profonde.
Sur “H24”, ballade qui ouvre l’EP, elle sonde la passion qui vient tout juste de s’achever. L’amour, s’il brise, nourrit la musicienne d’une inspiration sans fin. Que ce soit sur les hommes qu’elle a aimés à en perdre la raison (“À tous ces garçons”), ceux qu’elle a su quitter (“Sur mes eaux”), ou ceux qu’elle a suppliés (“Call Me Back”). La passion et le tourment y mènent une ronde inépuisable, où même la plus déchirante des blessures est préférable à ne rien vivre du tout. Des histoires tristes, oui, mais avant tout des remèdes qui célèbrent la force d’un désir qui épuise et rend vivant. Avec l’idée que la musique sera d’abord une affaire de sauvetage.